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Décryptage · Intelligence artificielle

Togo : « Voix du Togo » collecte la voix des citoyens pour entraîner l'IA

Le Togo a lancé « Voix du Togo », un programme de trois ans pour réunir des données vocales et textuelles en éwé, kabyè et moba. Objectif par langue : 50 heures d'audio validé et 6 000 phrases traduites.

Togo · Publié le 20 octobre 2026 · 4 min

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Faire une démarche administrative en éwé, décrire ses symptômes en kabyè sans passer par le français : c'est l'usage que vise le Togo avec « Voix du Togo ». Ce programme national de trois ans a été lancé début octobre 2026 par la ministre Cina Lawson. Il demande aux citoyens de produire eux-mêmes les données qui manquent pour entraîner des intelligences artificielles dans les langues du pays.

Ce que prévoit le programme

Selon Togo First et l'Agence Ecofin, le programme est porté par le ministère de l'Efficacité du service public et de la Transformation numérique. Il associe le Togo AI Lab. Sa phase pilote couvre trois langues : l'éwé, le kabyè et le moba. Les autres langues nationales doivent suivre dans des phases ultérieures. Pour chacune des trois, les objectifs sont fixés :

  • 50 heures d'enregistrements audio validés
  • 6 000 paires de phrases traduites
  • des contributions d'au moins 500 locuteurs

Les participants enregistrent des phrases, transcrivent des fichiers audio et traduisent des textes sur une plateforme en ligne, voixdutogo.gouv.tg. Le site résume la démarche en quatre verbes : « parler, écouter, écrire, vérifier ». Les équipes du projet contrôlent les données avant de s'en servir pour l'entraînement. Le Togo AI Lab avait organisé des tests publics de la plateforme à Lomé en septembre.

Les usages visés sont la santé, la justice et les démarches administratives. L'Agence Ecofin cite l'exemple d'un patient qui pourrait décrire ses symptômes sans avoir à parler français.

Des contributeurs rémunérés et des agents de terrain

Le portail officiel République togolaise apporte d'autres précisions, publiées le 6 octobre. La phase pilote est lancée avec l'appui du PNUD. Les contributions sont rémunérées, mais le montant n'est pas précisé. Dans les zones peu connectées, des agents de terrain recueillent les contributions sur place. Linguistes et communautés valident ensuite les données.

Toujours selon ce portail, le Togo veut à terme couvrir une cinquantaine de langues sur une seule plateforme. Le PNUD estime que ces modèles pourraient servir l'administration, mais aussi les entrepreneurs.

Un projet présenté à Genève dès juillet

Le chantier ne date pas d'octobre. En juillet, au sommet AI for Good de Genève, le Togo a présenté un projet de modèles d'IA pour ses 50 langues nationales. CIO Africa en a rendu compte le 9 juillet. Partenaires cités : le Togo AI Lab, la plateforme africaine Zindi et l'entreprise technologique togolaise Umbaji. Les objectifs par langue étaient déjà de 50 heures de parole validée et de 6 000 paires de phrases traduites.

Quatre compétitions ont été ouvertes sur Zindi, avec 40 000 $ de dotation au total. Elles portaient sur la reconnaissance de la parole, la synthèse vocale et la traduction automatique. La ministre avait alors résumé l'enjeu :

« We view language models as essential public infrastructure for the digital age. » Cina Lawson, ministre de l'Efficacité du service public et de la Transformation numérique, citée par CIO Africa le 9 juillet 2026.

Autrement dit, le gouvernement présente les modèles de langue comme une infrastructure publique essentielle.

La donnée, maillon manquant des langues africaines

Selon l'UNESCO, citée par CIO Africa, plus de 2 000 langues africaines sont sous-représentées dans les jeux de données numériques. Le 7 octobre, la startup sud-africaine Vambo AI a présenté MORENA, un modèle à poids ouverts de 1,5 milliard de paramètres. Il couvre 12 langues africaines, dont le kiswahili, le haoussa, le yorùbá et le kinyarwanda, selon Dabafinance. L'éwé, le kabyè et le moba n'en font pas partie.

Sans enregistrements ni textes traduits, un modèle ne peut pas apprendre une langue. C'est ce maillon que le Togo choisit de produire lui-même, avec ses citoyens.

Ce que cela change pour les startups togolaises

Pour les startups de la voix, de l'edtech, de la santé numérique ou des services financiers, un tel corpus serait une matière première rare. Il ouvrirait la voie à des assistants vocaux, à la transcription d'appels ou à des serveurs vocaux en langue locale. Plusieurs conditions décisives ne figurent toutefois pas dans les sources consultées :

  • la licence des données et leur ouverture éventuelle aux développeurs ;
  • le calendrier des phases suivantes et l'ordre des langues ;
  • le montant de la rémunération des contributeurs ;
  • les résultats des compétitions Zindi annoncées en juillet.

Ces réponses diront si « Voix du Togo » reste un outil de l'administration. Ou s'il devient une base sur laquelle l'écosystème local peut construire des produits.

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Sources

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