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Décryptage · Intelligence artificielle

La BAD et le PNUD passent à la mise en œuvre d'« AI 10 Billion »

La Banque africaine de développement et le PNUD veulent orchestrer 1 milliard de dollars par an pour l'IA en Afrique, dans 5 pays d'abord. Les pays ne sont pas nommés, et aucun guichet pour les startups n'est décrit à ce stade.

Reste de l'Afrique · Publié le 19 octobre 2026 · 5 min

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Orchestrer 1 milliard $ par an pendant dix ans pour l'intelligence artificielle en Afrique. C'est l'ambition que la Banque africaine de développement (BAD) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) veulent désormais concrétiser. Le 14 octobre 2026, une délégation du PNUD s'est rendue au siège de la BAD, à Abidjan. Objectif : faire passer l'initiative « AI 10 Billion » du lancement à la mise en œuvre. Les premiers pays ne sont pas encore connus. Et le communiqué ne dit rien, à ce stade, de la place faite aux startups.

L'initiative a été conçue conjointement par la BAD, le PNUD et des partenaires du secteur privé, qui ne sont pas nommés. Elle avait été présentée au Nairobi AI Forum, en février 2026. La délégation du PNUD était menée par Keyzom Ngodup Massally, directrice du AI Hub for Sustainable Development, avec la plateforme du PNUD pour l'investissement et l'assistance technique (PISTA).

Le communiqué, publié en anglais, choisit ses mots. Il parle d'« orchestrating » 1 milliard de dollars par an sur la prochaine décennie. Il ne s'agit donc pas d'un fonds déjà constitué, mais d'un volume de financements à coordonner entre plusieurs acteurs. Gouvernements, institutions de financement du développement, investisseurs privés et philanthropes sont invités à rejoindre l'initiative. Selon le texte, elle peut contribuer à 25 millions de nouveaux emplois d'ici 2035.

Solomon Quaynor est vice-président de la BAD chargé du secteur privé, des infrastructures et de l'industrialisation. Il fixe le cap : que les bénéfices de l'IA se traduisent en compétitivité, en emplois et en croissance inclusive sur le continent. Selon TechAfrica News, il présente la productivité comme l'une des mesures clés par lesquelles la BAD juge la promesse de l'IA.

Une méthode en trois étapes, pays par pays

Dans chaque pays, la démarche suit trois temps :

  • Un diagnostic des gisements de productivité, à partir d'une analyse propre au pays.
  • L'identification et la préparation de projets publics et privés, jusqu'à leur bouclage financier.
  • L'animation d'une plateforme d'investissement qui réunit gouvernements, investisseurs et communautés économiques régionales.

Le déploiement commence par 5 pays, pour atteindre 20 pays d'ici fin 2027. Aucun nom n'a été publié. Selon TechAfrica News, la BAD apporte ses données, ses financements et ses relations avec ses 54 pays membres régionaux. Le PNUD apporte sa présence dans les pays et l'expertise technique de son AI Hub.

Les chiffres affichés ont changé depuis février

Au lancement, les objectifs étaient formulés autrement. Le communiqué de la BAD publié après le Nairobi AI Forum de février 2026 évoquait la mobilisation d'un montant pouvant atteindre 10 milliards de dollars d'ici 2035. Il visait jusqu'à 40 millions de nouveaux emplois sur le continent. Le communiqué du PNUD au Kenya, daté du 11 février, avançait pour sa part jusqu'à 45 millions d'emplois d'ici 2035.

Le montant reste du même ordre : 1 milliard par an sur dix ans. L'objectif d'emplois, lui, passe à 25 millions dans le texte du 14 octobre. Ce communiqué n'explique pas l'écart. À ce stade, c'est donc le chiffre le plus récent, 25 millions, qui fait foi.

Ce que dit le rapport qui sert de base

L'initiative s'appuie sur un rapport de la BAD publié en décembre 2025, Africa's AI Productivity Gain. Selon Ecofin Pro, il a été préparé par le cabinet Bazara Tech dans le cadre du groupe de travail du G20 sur la transformation numérique. Il estime qu'un déploiement inclusif de l'IA pourrait ajouter jusqu'à 1 000 milliards de dollars au PIB africain d'ici 2035.

Ce chiffre correspond au scénario le plus favorable, dit « full activation ». Le rapport décrit aussi un scénario de statu quo, autour de 250 milliards de dollars de gains, et un scénario de progrès fragmenté, entre 500 et 600 milliards. Selon le communiqué du 14 octobre, 58 % du gain potentiel se concentre dans cinq secteurs. Ecofin Pro en donne le détail :

  • Agriculture et systèmes alimentaires : 20 %
  • Commerce de gros et de détail : 14 %
  • Industrie 4.0 : 9 %
  • Finance : 8 %
  • Santé et sciences de la vie : 7 %

Le communiqué rappelle enfin que plus de 300 millions de jeunes Africains doivent entrer sur le marché du travail dans les dix prochaines années.

Ce que cela change pour les startups et PME francophones

Le communiqué du 14 octobre ne mentionne ni startups ni PME. Il ne décrit aucun guichet ouvert aux entreprises, aucun appel à candidatures, aucun critère d'éligibilité. Le communiqué du PNUD de février était plus précis. Il citait l'entrepreneuriat en IA parmi les usages prévus, avec des financements allant de la preuve de concept aux fonds propres ou à la dette.

La mécanique décrite en octobre reste celle de projets préparés avec les États. Le diagnostic se fait pays par pays, puis les projets publics et privés sont montés jusqu'à être finançables. Pour une startup ou une PME d'Afrique francophone, la porte d'entrée la plus probable passe donc par les administrations qui piloteront ce diagnostic. Les bureaux nationaux de la BAD et du PNUD seront aussi des interlocuteurs.

Deux points méritent d'être suivis. D'abord, la liste des 5 premiers pays : rien ne garantit qu'un pays francophone en fasse partie. Ensuite, la grille de lecture : la BAD parle de productivité. Une entreprise qui peut chiffrer ce que sa solution d'IA fait gagner, dans l'agriculture, le commerce, la finance ou la santé, parlera le langage de l'initiative.

Ce que l'on ne sait pas encore

  • Les noms des 5 premiers pays et le calendrier de leur sélection.
  • La part du milliard annuel destinée au secteur privé, et aux petites entreprises en particulier.
  • Les modalités d'accès : guichet direct, intermédiaires financiers ou projets portés par les États.
  • L'identité des partenaires privés associés.
  • La raison de l'écart entre les objectifs d'emplois annoncés en février et en octobre.
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Sources

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