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Le Chiffre qui Compte · Fintech

Guinée : NimbaPay, le paiement instantané national, traite 67 000 transactions en quatre mois

Lancé en juillet par la Banque centrale de Guinée, NimbaPay a traité près de 67 000 transactions pour plus de 68 milliards GNF. Sept établissements y sont connectés. Les règles d'accès des fintechs restent à écrire.

Reste de l'Afrique · Publié le 27 octobre 2026 · 5 min

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67 000 transactions en quatre mois : c'est le premier bilan chiffré de NimbaPay, le système national de paiement instantané de la Guinée. Les données viennent de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), qui les a communiquées le 22 octobre. La plateforme a traité près de 67 000 transactions, pour plus de 68 milliards de francs guinéens. L'Agence Ecofin, qui a publié ces chiffres le 26 octobre, les convertit à environ 7,6 millions de dollars. Au 15 octobre, sept établissements financiers étaient connectés. Leur identité n'a pas été communiquée.

Un rail public lancé en juillet

NimbaPay a été lancé le mercredi 22 juillet 2026 à la BCRG, selon Guinéenews. La cérémonie était placée sous le haut patronage du Premier ministre, Amadou Oury Bah. Le système est exploité par la Guinéenne de Monétique (GuiM). Il repose sur Mojaloop, un logiciel libre issu de la fondation du même nom. Il a bénéficié de l'appui stratégique et technique de la fondation AfricaNenda, d'après Developing Telecoms.

Le principe est celui d'un aiguillage commun. Banques, établissements de monnaie électronique et institutions de microfinance peuvent s'envoyer de l'argent en temps réel. Peu importe où l'expéditeur et le destinataire ont leur compte. Le système doit aussi permettre les paiements chez les commerçants. L'Agence Ecofin le compare à PIX au Brésil, à UPI en Inde et au PI-SPI de la BCEAO dans l'UEMOA.

La Guinée n'est pas seule sur ce terrain. Developing Telecoms rappelle que, selon le rapport SIIPS 2025 d'AfricaNenda, elle fait partie des 31 pays africains dotés d'un système national de paiement instantané opérationnel. C'est le troisième pays, après le Rwanda et le Liberia, à en mettre un en place avec l'appui de cette fondation.

Ce que disent la BCRG et la GuiM

Lors du lancement, les responsables ont insisté sur l'interopérabilité. Aly Badara Bérété, directeur général de la GuiM, l'a présentée comme :

« une question d'équité, d'efficacité, de développement et de souveraineté » — Aly Badara Bérété, directeur général de la GuiM (Guinéenews, 22 juillet 2026)

Le vice-gouverneur de la BCRG, Elhadj Mohamed Lamine Conté, a voulu lever une crainte des acteurs financiers : « NimbaPay n'est pas une contrainte réglementaire, il faut le savoir. » Il y voit une opportunité stratégique. Le gouverneur, Karamo Kaba, a rappelé le point de départ. Selon lui, le taux d'accès aux comptes financiers est « passé de 4% en 2011 à près de 36% en 2024, grâce notamment au développement de la monnaie électronique ».

Un volume qui reste à construire

Le chiffre de 67 000 transactions mesure un démarrage. Il ne dit pas encore quelle part des flux du pays passe par le système. La BCRG n'a publié ni la répartition entre virements de particuliers, paiements marchands et flux entre institutions, ni l'évolution mois par mois.

Le nombre de participants donne une autre indication. Sept établissements financiers étaient connectés à la mi-octobre. La Guinée comptait 24 établissements de crédit agréés en juin 2026, selon l'Agence Ecofin. Les deux chiffres ne portent pas sur la même catégorie d'acteurs et ne se comparent donc pas directement. La BCRG invite en tout cas les acteurs financiers à rejoindre la plateforme.

Les prochaines étapes sont annoncées. Le gouverneur a cité la digitalisation des paiements de l'État et les flux transfrontaliers. Developing Telecoms évoque de son côté une extension progressive à davantage d'institutions, puis des paiements vers les administrations publiques.

Ce que cela change pour les fintechs et PME guinéennes

Pour une fintech, un rail national interopérable change le calcul. Elle n'a plus à négocier une intégration avec chaque banque ou chaque opérateur de monnaie électronique : un seul branchement peut, en principe, ouvrir l'accès à tous les participants.

Encore faut-il pouvoir s'y brancher. Pour l'instant, le système relie des banques, des établissements de monnaie électronique et des institutions de microfinance. La place d'une fintech qui n'entre dans aucune de ces catégories n'est pas précisée. Passer par un établissement participant ou attendre les nouvelles règles : les sources disponibles ne tranchent pas.

Ces règles sont en préparation. La BCRG élabore, avec l'appui de la Banque mondiale, un projet de loi sur les systèmes et moyens de paiement. Une stratégie nationale pour 2027-2030 est aussi en préparation. Pour une startup du secteur, ces deux textes détermineront les conditions d'accès, les obligations de conformité et, peut-être, les catégories d'acteurs autorisées.

Pour une PME, l'intérêt est plus immédiat. Recevoir un paiement instantané d'un client, quelle que soit sa banque ou son portefeuille mobile, réduit les délais d'encaissement. Developing Telecoms présente le système comme un moyen de réduire les coûts de transaction. Aucun barème de frais n'a toutefois été publié.

Ce que l'on ne sait pas encore

  • L'identité des sept établissements connectés.
  • Les frais facturés aux participants et aux utilisateurs finaux.
  • Les conditions d'accès des fintechs et des agrégateurs de paiement.
  • Le calendrier du projet de loi et de la stratégie 2027-2030.
  • Le communiqué de la BCRG du 22 octobre, que nous n'avons pas retrouvé en ligne.
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