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Le Chiffre qui Compte · Fintech

Cyberattaques en Afrique : une toutes les 8 minutes en 2025, selon Mastercard

Selon un livre blanc de Mastercard, 69 236 cyberattaques ont visé des organisations africaines en 2025. Au Sénégal, la plateforme d'une microfinance a été visée en septembre. Ce que les fintechs et PME doivent en retenir.

Reste de l'Afrique · Publié le 16 octobre 2026 · 5 min

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69 236 : c'est le nombre de cyberattaques visant des organisations africaines observées en 2025 par Mastercard, soit environ une toutes les 8 minutes. Le chiffre figure dans « Africa's Digital Defense Race », un livre blanc publié le 12 octobre 2026. Sur dix ans, la hausse est plus rapide en Afrique que dans le reste du monde. Et un cas récent au Sénégal montre que l'Afrique francophone n'est pas à l'écart.

Ce que mesure le livre blanc de Mastercard

Le rapport s'appuie sur Mastercard Cyber Insights, la plateforme de renseignement sur les menaces du groupe, complétée par des études sectorielles, des informations des forces de l'ordre et des entretiens avec des experts. Ses principaux chiffres :

  • +421,4 % de cyberattaques observées en Afrique entre 2016 et 2025, contre +307,3 % au niveau mondial.
  • 54,7 % des événements observés en 2025 concentrés sur quatre pays : Nigeria, Afrique du Sud, Maroc et Kenya.
  • 44 % de l'activité visant la technologie, le secteur public et les services financiers.
  • Plus de 60 % des événements attribués liés à des pirates malveillants et à des groupes criminels organisés.
  • Environ 200 000 postes vacants en cybersécurité sur le continent, soit un déficit de 23 % de la main-d'œuvre.

Selon Tech-ish, qui a détaillé le rapport, le secteur financier sud-africain concentre à lui seul 12,6 % de tous les événements observés. Les informations personnelles, les données financières et les services en contact avec les clients représentent 27 % des actifs visés.

Une menace qui suit la croissance du numérique

Le rapport met cette hausse en regard de l'essor des usages. Entre 2016 et 2025, le nombre d'utilisateurs de paiement mobile a été multiplié par 5,9 et celui des utilisateurs de banque en ligne par 4,7, selon les chiffres repris par Tech-ish et l'Agence Ecofin. Mastercard rappelle aussi la projection d'un marché africain des paiements numériques de 1 500 milliards de dollars d'ici 2030.

La lecture de Tech-ish est simple : les attaques ont progressé à peu près au même rythme que les paiements numériques. Plus il y a d'argent qui circule en ligne, plus il y a de cibles.

La réponse passe en partie par la coopération policière. L'opération Serengeti 2.0 d'Interpol, menée de juin à août 2025 dans 18 pays africains, a abouti à 1 209 arrestations et à la récupération de 97,4 millions de dollars, selon Tech-ish et l'Agence Ecofin. Mastercard a aussi lancé en juin 2026 un centre d'excellence africain en cybersécurité, dont la première phase couvre l'Afrique du Sud et le Nigeria, selon Tech-ish.

Au Sénégal, une attaque en plusieurs étapes

Le livre blanc cite surtout des pays anglophones et le Maroc. Un cas sénégalais, rapporté par le quotidien Libération et repris par Dakaractu le 13 octobre, puis par Afrique IT News le 15 octobre, montre pourtant comment la menace touche les services financiers numériques francophones. Les faits restent présentés au conditionnel et l'enquête est en cours.

La cible est la plateforme de services financiers numériques mise à la disposition d'une institution de microfinance sénégalaise et de ses clients. Selon Libération, les premières anomalies ont été signalées les 12 et 13 septembre. Une faille applicative aurait permis de déposer des programmes malveillants et d'extraire des identifiants et des mots de passe. Un accès non autorisé aux interfaces d'administration aurait aussi été détecté.

Le 22 septembre au soir, des connexions automatisées auraient été lancées avec les identifiants dérobés : 1 219 comptes auraient été consultés. Le 23 septembre, 39 portefeuilles électroniques auraient été créés sous des noms fictifs. 842 transferts, pour environ 168,2 millions de FCFA, auraient été dirigés vers ces portefeuilles, sans que les fonds puissent être retirés. Une seconde série aurait abouti l'après-midi même : 79 virements instantanés vers huit portefeuilles mobile money, pour plus de 14 millions de FCFA.

Selon Dakaractu, ces virements instantanés sont passés par le système de paiement interopérable de l'UEMOA. L'éditeur de la plateforme a déposé une plainte contre X. L'enquête est menée par la Division spéciale de cybersécurité ; Afrique IT News évoque un réseau de « mules financières » recrutées localement. Aucune déclaration officielle des entreprises concernées n'a été publiée à ce stade.

Ce que cela change pour les fintechs et PME d'Afrique francophone

Le cas sénégalais coche plusieurs cases du livre blanc : un service financier, des données d'identification volées, de l'argent sorti vite vers du mobile money. Pour une fintech ou une PME tech, trois enseignements s'en dégagent.

Premier enseignement : la sécurité fait partie du produit. Des identifiants volés ont suffi, selon le récit de Libération, pour consulter plus d'un millier de comptes. L'authentification des utilisateurs et la protection des interfaces d'administration ne sont pas des sujets à traiter après le lancement.

Deuxième enseignement : la vitesse joue dans les deux sens. Les paiements instantanés interopérables sont un progrès pour les clients. Ils réduisent aussi le temps disponible pour détecter une fraude. Dans ce dossier, une partie des transferts a été bloquée, une autre est passée en quelques heures. La surveillance des transactions doit aller aussi vite que les paiements.

Troisième enseignement : le manque de talents est aussi un marché. Mastercard qualifie les compétences de « clearest opportunity for investment », l'opportunité d'investissement la plus nette selon Tech-ish. Les 200 000 postes vacants estimés sont une piste pour les formations et les prestataires spécialisés du continent.

Ce que l'on ne sait pas encore

  • Les chiffres propres aux pays d'Afrique francophone : le livre blanc publié ne les détaille pas.
  • Les quatre actions prioritaires recommandées par Mastercard, que la page de présentation annonce sans les lister.
  • Le montant définitivement perdu au Sénégal et le sort des fonds bloqués.
  • La position officielle de la plateforme et de l'institution de microfinance concernées.
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