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Décryptage · Fintech

L'Éthiopie rejoint PAPSS, le système panafricain de paiement en monnaies locales

La banque centrale éthiopienne a rejoint le 15 octobre le système panafricain qui règle les paiements en monnaies locales. La BEAC et la Banque centrale du Congo en sont déjà membres. Pour les PME, la question est simple : leur banque est-elle connectée ?

Reste de l'Afrique · Publié le 22 octobre 2026 · 5 min

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Payer un fournisseur à Addis-Abeba sans passer par le dollar : c'est la promesse du système que l'Éthiopie vient de rejoindre. Le jeudi 15 octobre 2026, la banque centrale éthiopienne a annoncé son entrée dans le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), selon Reuters. Ce système permet de régler des transactions directement en monnaies locales, sans recourir aux banques correspondantes à l'étranger. Deux banques centrales francophones font déjà partie du réseau : la BEAC, pour les six pays de la CEMAC, et la Banque centrale du Congo, en RDC.

Ce que l'Éthiopie a annoncé

Le gouverneur de la banque centrale éthiopienne, Eyob Tekalign, s'est exprimé dans un communiqué cité par Reuters. Il présente l'adhésion comme une étape de la modernisation financière du pays.

« Une étape importante dans nos efforts continus pour moderniser notre système financier. » Eyob Tekalign, gouverneur de la banque centrale d'Éthiopie, cité par Reuters (traduit de l'anglais)

Selon Reuters, l'adhésion rapproche le pays d'une intégration complète au système financier et de paiement du continent. PAPSS a été développé et déployé par Afreximbank, rappelle le Journal du Cameroun. Il a été lancé en janvier 2022 avec dix banques commerciales. Il est conçu pour accompagner l'intégration commerciale régionale, dont la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L'Afrique du Sud reste en dehors du réseau, précise Reuters.

Le prochain rendez-vous est déjà fixé à Addis-Abeba. La conférence annuelle de PAPSS, PAPSS COWRY 2026, se tiendra les 26 et 27 novembre, coorganisée avec la Banque nationale d'Éthiopie, selon TechEconomy.

Un réseau qui grandit, des chiffres qui divergent

La taille exacte du réseau dépend de la source consultée. Reuters évoque plus de 15 pays, dont le Nigeria, la Zambie, le Malawi, le Kenya et la Tunisie, et plus de 150 banques commerciales. En juillet, Ecofin Agency comptait 28 pays, 16 switchs nationaux et plus de 190 banques commerciales et fintechs, après l'entrée de la BEAC. En septembre, le directeur général de PAPSS, Mike Ogbalu III, avançait plus de 30 pays et 24 banques centrales. Il citait aussi plus de 200 banques et prestataires de paiement, selon TechEconomy.

Aucune de ces sources n'explique sa méthode de comptage. Nous ne retenons donc qu'une tendance : le réseau s'élargit vite. Selon TechEconomy, une dizaine de pays l'ont rejoint en 2026. PAPSS vise 39 pays d'ici la fin de l'année, rapporte The Standard.

PAPSS revendique aussi une forte hausse de l'activité. Entre les périodes comparées de 2025 et 2026, les volumes de transactions auraient progressé d'environ 1 000 %, et les valeurs d'environ 120 %. Le système annonce aussi des économies de 92 à 95 % par transaction. Ces chiffres viennent de PAPSS lui-même, via TechEconomy, et n'ont pas été vérifiés de manière indépendante.

L'Afrique centrale francophone déjà connectée

Pour la CEMAC, l'étape décisive date de l'été. L'adhésion de la BEAC a été annoncée le 9 juillet 2026, au Caire, selon Ecofin Agency. Elle couvre le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, soit plus de 72 millions d'habitants. Le déploiement complet en Afrique centrale est visé pour la fin 2026, et un pilote est prévu avec la BCEAO, la banque centrale de l'UEMOA.

« En rejoignant PAPSS, la BEAC crée les conditions de paiements transfrontaliers plus rapides, moins chers et plus efficaces […] » Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC, cité par Ecofin Agency en juillet 2026 (traduit de l'anglais)

Au Cameroun, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a pris le relais dans un communiqué du 21 août 2026, selon le Journal du Cameroun. Il invite les entreprises à adopter rapidement l'outil, pour réduire leurs coûts commerciaux. Le média donne un exemple concret : un commerçant camerounais pourrait payer un fournisseur nigérian en FCFA, et ce fournisseur recevrait directement des nairas.

En RDC, la Banque centrale du Congo a elle aussi formellement rejoint le système, selon The Standard. Son gouverneur, André Wameso Nkualoloki, en attend des paiements transfrontaliers plus rapides, plus sûrs et moins coûteux.

Ce que cela change pour les PME et les fintechs francophones

Une adhésion de banque centrale ne met pas automatiquement le service au guichet. Le directeur général de PAPSS le dit lui-même : la première phase consistait à construire et connecter le réseau, la suivante doit l'« activer » et en élargir l'usage. Parmi les objectifs annoncés pour cette phase, à partir de 2027, figurent des corridors de paiement prioritaires et des services proposés par davantage d'institutions financières participantes.

Prenons une PME de Douala, de Libreville ou de Kinshasa qui achète ou vend en Éthiopie, au Nigeria ou au Kenya. Pour elle, l'adhésion éthiopienne ouvre une possibilité, pas encore une garantie. Avant de compter sur PAPSS, quatre questions sont à poser à sa banque :

  • Êtes-vous connectés à PAPSS, directement ou via une institution partenaire ?
  • Quels pays pouvez-vous déjà atteindre par ce canal ?
  • Quels frais et quel délai pour un paiement vers le pays de mon fournisseur ?
  • Mon partenaire recevra-t-il le paiement dans sa propre monnaie ?

Pour les fintechs, le réseau n'est pas réservé aux banques : TechEconomy cite des prestataires de paiement parmi les membres. Il mentionne aussi plusieurs produits, dont un système de paiement instantané, une place de marché des devises africaines et une carte, PAPSSCARD. Les acteurs qui servent déjà des importateurs ou des exportateurs ont là une infrastructure à étudier de près.

Dans l'UEMOA, la seule information publiée dans nos sources est le projet de pilote avec la BCEAO. Son calendrier n'est pas connu.

Ce que l'on ne sait pas encore

Plusieurs points restent sans réponse publique. Ni la date à laquelle les banques éthiopiennes proposeront le service, ni la liste des établissements déjà raccordés n'ont été publiées dans les sources consultées. Les frais facturés à l'utilisateur final ne sont pas davantage connus. Enfin, PAPSS communique des hausses en pourcentage, mais pas de volumes ou de montants absolus vérifiables. La conférence d'Addis-Abeba, fin novembre, sera l'occasion de vérifier si les annonces se traduisent en corridors ouverts.

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Sources

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