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Le Chiffre qui Compte · Fintech

Cameroun : Orange Money et MTN MoMo ont perçu 21,5 milliards FCFA d'intérêts en 2025

Les deux leaders du mobile money camerounais ont déclaré 21,5 milliards FCFA d'intérêts sur les fonds de leurs clients placés en banque. Le rapport 2025 du CNEF éclaire une ligne de revenus à intégrer au modèle d'une fintech de paiement.

Cameroun · Publié le 26 octobre 2026 · 5 min

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21,5 milliards FCFA : c'est ce qu'Orange Money et MTN MoMo ont déclaré avoir perçu en intérêts en 2025 au Cameroun. Ces intérêts rémunèrent l'argent de leurs clients, déposé sur des comptes bancaires dédiés. MTN MoMo en a reçu 11,6 milliards, Orange Money 9,9 milliards. Les chiffres viennent du rapport 2025 du Comité national économique et financier (CNEF), publié le 2 octobre 2026, d'après des données de la COBAC. Investir au Cameroun et Business in Cameroon les ont détaillés le 15 octobre.

Ce que dit le rapport du CNEF

Les fonds reçus des clients doivent être déposés sur des comptes bancaires dédiés : ce sont les fonds cantonnés. Au 31 décembre 2025, ils atteignaient 473 milliards FCFA pour les deux opérateurs : 280 milliards chez MTN MoMo et 193 milliards chez Orange Money.

Ces montants dépassent les fonds des clients eux-mêmes. Orange Money cantonnait 193 milliards pour 162,3 milliards de fonds clients, soit une couverture de 119 %. MTN MoMo cantonnait 280 milliards pour 229,3 milliards, soit 122 %. L'excédent cumulé atteint 81,4 milliards FCFA. Le rapport ne l'explique pas, et Business in Cameroon souligne qu'il ne peut pas être traité comme un bénéfice.

L'activité sous-jacente reste en forte croissance. Les deux opérateurs ont traité 32 667 milliards FCFA de transactions en 2025, en hausse de 13,7 %. Orange Money en a réalisé 17 176 milliards, MTN MoMo 15 491 milliards. EcoMatin, qui a aussi analysé le rapport, compte 2,722 milliards de transactions sur l'année, contre 2,392 milliards un an plus tôt.

Une rémunération prévue par la réglementation CEMAC

Le cadre est fixé par le règlement CEMAC n° 04/18 du 21 décembre 2018 sur les services de paiement. Investir au Cameroun en cite les dispositions clés. Les fonds restent la propriété des clients. Ils doivent être placés sur des comptes dédiés au plus tard le lendemain. L'établissement de paiement ne peut pas s'en servir pour financer ses opérations ni pour accorder des prêts.

Deux articles organisent la question des intérêts. L'article 54 prévoit que le compte de cantonnement est rémunéré par la banque au profit de l'établissement de paiement, selon une convention entre eux. L'article 9 interdit aux prestataires de verser des intérêts aux utilisateurs sur leurs fonds en monnaie électronique. Le revenu du « float » revient donc à l'opérateur, pas au client.

Jusqu'à 6,6 % selon la banque choisie

Le rapport détaille la répartition des fonds et les taux obtenus. Orange Money répartit ses fonds entre neuf banques. Les trois premières sont AFG Bank (56,9 milliards, à 6 %), Ecobank (39,6 milliards, à 5,3 %) et BGFI Bank (28,5 milliards, à 6,6 %). À l'autre bout, la BICEC rémunère 3 milliards à 3 %.

Chez MTN MoMo, CCA Bank arrive en tête avec 58,5 milliards, rémunérés entre 5 % et 6,5 %. Suivent Afriland First Bank (53,9 milliards, à 5,5 %) et Access Bank (49,3 milliards, à 5,5 %). Une ligne « AFB Bank » de 47,5 milliards n'est pas expliquée par le rapport. Quatre banques gardent des fonds des deux opérateurs : Ecobank, CCA Bank, Access Bank et UBA.

L'écart de taux est donc large : il fait plus que doubler entre la BICEC et BGFI Bank pour Orange Money. On ne peut pas pour autant en déduire un rendement annuel moyen. Le rapport ne donne ni les soldes moyens de l'année, ni la période exacte couverte par chaque montant d'intérêts.

Ce que cela change pour les fintechs et PME de la zone CEMAC

Pour une fintech de paiement, la leçon est d'abord comptable. Les fonds des clients ne sont pas de la trésorerie disponible, mais ils peuvent produire un revenu légal et régulier. Ce revenu dépend de deux variables : le volume moyen des fonds cantonnés et le taux négocié avec chaque banque. Les deux se travaillent dès le business plan.

Le cas camerounais montre aussi que le taux se négocie. Pour un même opérateur, il varie de 3 % à 6,6 % selon la banque dépositaire. Pour une jeune fintech, le choix de la banque partenaire n'est donc pas qu'une question d'agrément ou de rapidité d'ouverture de compte.

Le volet conformité compte autant. EcoMatin rapporte que le CNEF pointe une supervision faible, des sanctions quasi inexistantes et des risques élevés de blanchiment et de financement du terrorisme. Le ministère des Finances a interdit en mai 2025 les activités de paiement sans agrément préalable. Pour une startup, l'agrément et le cantonnement des fonds sont la condition d'accès à ce revenu, pas une formalité.

Le poids du Cameroun dans la région renforce l'enjeu. Toujours selon EcoMatin, le total de bilan des établissements de paiement du pays atteignait 620,7 milliards FCFA fin 2025, en hausse de 27,5 %. Il représente 76,6 % du total de la CEMAC.

Ce que l'on ne sait pas encore

Le rapport laisse plusieurs questions ouvertes. Il ne détaille ni le traitement comptable de ces intérêts, ni les coûts associés, ni les impôts, ni leur effet sur le résultat net. Il ne dit pas non plus si des sommes sont transférées entre les établissements de paiement et les opérateurs télécoms auxquels ils sont liés. EcoMatin précise que ces 21,5 milliards ne sont pas des bénéfices nets.

Business in Cameroon relève une dernière zone d'ombre. Orange Money a traité plus de transactions en valeur que MTN MoMo, mais garde moins de fonds cantonnés. Le rapport ne l'explique pas.

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