Décryptage · Fintech
Sénégal : Visa signe un accord de deux ans pour numériser les paiements publics
Le 30 octobre, Visa et le ministère sénégalais des Télécommunications et du Numérique ont signé un protocole d'accord de deux ans. Aucun montant ni calendrier n'est publié : pour les fintechs locales, tout reste à jouer.
Sénégal · Publié le 3 novembre 2026 · 5 min
Décryptage · Sénégal2 ans
Pour numériser les paiements publics
Visa et l'État sénégalais signent un protocole d'accord pour numériser les paiements publics. Aucun montant ni calendrier annoncé.
Un protocole d'accord, pas un chèque. Le 30 octobre 2026, Visa et le ministère des Télécommunications et du Numérique du Sénégal ont signé un protocole d'accord d'une durée de 2 ans. Le ministère était représenté par le ministre Samba Diouf. Objet du texte : numériser l'argent qui circule entre l'État et les citoyens, dans les deux sens. Selon AITN, c'est le premier cadre de ce type entre Visa et un gouvernement sénégalais. Aucun montant n'a été communiqué.
Deux flux visés : ce que l'usager paie, ce que l'État verse
Le texte porte sur deux catégories de paiements. D'un côté, les paiements des usagers vers l'administration, désignés par le sigle P2G. De l'autre, les versements de l'administration vers les citoyens, appelés G2P. Les deux sources consultées, AITN et TechTrends, retiennent ce double périmètre.
L'accord ne se limite pas aux paiements. Il prévoit un partage d'expertise en cybersécurité et en innovation financière, selon AITN. TechTrends y ajoute les questions de régulation, ainsi que l'exploration de solutions numériques alignées sur les priorités nationales.
Le statut du texte compte autant que son contenu. Selon TechTrends, l'accord sert de base pour identifier des projets potentiels. Aucun calendrier de mise en œuvre ni aucune initiative précise n'ont été annoncés à ce stade.
Le cadre : le New Deal Technologique et ses 1 105 milliards FCFA
L'accord s'inscrit dans le New Deal Technologique, la stratégie numérique lancée par le président de la République le 24 février 2025 à Diamniadio. Selon le portail Vie publique du Sénégal, son plan directeur compte 12 programmes prioritaires et 50 projets sur dix ans, pour un investissement total de 1 105 milliards FCFA.
La stratégie repose sur quatre axes. L'un d'eux est explicitement « la digitalisation des services publics ». Parmi les cibles affichées à l'horizon 2034 figurent plus de 500 start-ups tech labellisées, 100 000 diplômés du numérique et 350 000 emplois directs et indirects.
Selon TechTrends, le ministre Samba Diouf a présenté le partenariat comme une avancée décisive pour accélérer ce New Deal. Côté Visa, la parole revient à Aminata Kane, vice-présidente senior et directrice pays du groupe pour l'Afrique de l'Ouest et centrale. Elle dit vouloir identifier des opportunités qui améliorent l'accès aux services numériques et soutiennent l'écosystème des paiements du pays.
Un rapprochement engagé depuis 2025
La signature d'octobre n'arrive pas de nulle part. En juillet 2025, Le Soleil relayait un communiqué du ministère. Ismahill Diaby, présenté comme vice-président et directeur général de Visa pour l'Afrique de l'Ouest, y était reçu par Alioune Sall. Ce dernier était alors ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique.
Les deux parties avaient convenu de créer un groupe de travail conjoint sur les projets prioritaires du New Deal et d'identifier de premiers projets pilotes. Le communiqué mentionnait aussi l'intention de Visa de travailler avec des startups et des fintechs locales. Selon le même article, Visa est présent au Sénégal depuis 2001.
En octobre 2025, Visa a réuni à Dakar des acteurs publics et privés du secteur financier pour présenter ses solutions, selon Osiris, qui cite l'Agence Ecofin. Étaient évoqués des cartes prépayées, des solutions mobiles et une intégration accrue avec le mobile money. Le protocole d'octobre 2026 formalise donc une relation déjà ancienne, sans en préciser encore le contenu opérationnel.
Ce que cela peut changer pour les fintechs et les PME sénégalaises
Quand un État numérise ses encaissements et ses versements, des besoins concrets apparaissent : intégration aux systèmes de l'administration, interfaces pour les usagers, accompagnement au changement, sécurité des transactions. C'est là que les éditeurs de logiciels, les agrégateurs de paiement et les fintechs locales peuvent trouver leur place.
Encore faut-il que ces futurs projets leur soient ouverts. Un protocole d'accord avec un réseau international ne dit rien, à ce stade, de la manière dont les prestataires seront choisis. Il ne dit pas non plus comment les solutions de mobile money, très utilisées par les usagers, seront articulées avec les paiements par carte.
Pour une startup GovTech ou fintech sénégalaise, trois sujets méritent d'être suivis de près :
- les premiers projets pilotes annoncés et les administrations concernées ;
- les modalités de sélection des prestataires et d'éventuels appels d'offres ;
- les règles d'interopérabilité entre cartes, mobile money et plateformes publiques.
Le volet cybersécurité est un autre signal. Il indique que l'exigence de sécurité sur les paiements publics va monter. Une jeune entreprise qui veut se positionner sur ces marchés aura intérêt à documenter ses pratiques de sécurité avant de frapper à la porte de l'administration.
Ce que l'on ne sait pas encore
Aucune des sources consultées ne donne de montant, de liste de projets ni de calendrier. On ignore quelles administrations seront concernées en premier et quels services seront prioritaires. On ne sait pas non plus quel rôle sera laissé aux acteurs locaux. Le texte intégral du protocole n'a pas été publié, et nous n'avons pas trouvé de communiqué officiel de Visa ou du ministère. Braincoll suivra les annonces de mise en œuvre.
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Sources
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