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Décryptage · Intelligence artificielle

Le Sénégal et la Fondation Gates lancent le Senegal AI Scaling Hub à Dakar

Lancé le 29 octobre à Dakar, le Senegal AI Scaling Hub veut faire passer l'IA du stade pilote au déploiement, d'abord en santé et en agriculture. Budget et critères d'accès ne sont pas encore publiés.

Sénégal · Publié le 30 octobre 2026 · 6 min

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Au Sénégal, l'intelligence artificielle a désormais une adresse pour sortir du laboratoire. Le jeudi 29 octobre 2026, à Dakar, le gouvernement sénégalais et la Fondation Gates ont lancé le Senegal AI Scaling Hub. Sa mission : faire passer l'IA de l'expérimentation au déploiement à grande échelle. Le hub doit réunir chercheurs, start-up, entreprises et étudiants autour de solutions conçues localement, d'abord en santé et en agriculture.

Un hub pour passer du pilote au déploiement

Selon Senego, qui a couvert le lancement, le hub veut faire passer l'IA du stade des projets pilotes à celui du déploiement à grande échelle. Les secteurs prioritaires sont la santé et l'agriculture. We Are Tech Africa ajoute l'éducation à cette liste et décrit l'objectif comme une accélération du déploiement de solutions d'IA dans ces secteurs.

Le principe est de faire travailler ensemble des acteurs qui avancent souvent séparément. D'un côté, les chercheurs qui conçoivent des modèles et les start-up qui en font des produits. De l'autre, les entreprises qui pourraient les utiliser et les étudiants qui formeront les équipes de demain. Les deux médias insistent sur le même point : des solutions pensées pour les besoins locaux.

Côté État, Boubacar Roger Thiam, directeur de la Promotion de l'Économie numérique et du Partenariat, a présenté le hub comme un cadre pour coordonner les savoirs, les efforts et les ressources, rapporte Senego. Il a aussi invité les jeunes comme les plus âgés à s'inscrire et à acquérir ces compétences, en prévenant que les nouveaux métiers ne seront pas forcément « glamour ».

L'un des trois volets d'un accord signé en 2025

Le hub n'arrive pas seul. C'est l'un des trois volets du partenariat entre le Sénégal et la Fondation Gates. Le deuxième porte sur les infrastructures publiques numériques, dont une identité numérique sécurisée, prévue pour chaque citoyen selon Senego et décrite comme interopérable par We Are Tech Africa. Le troisième est une unité d'exécution chargée de piloter et de suivre les projets numériques prioritaires de l'État.

Lors du lancement, Gabi Adotevi, présenté comme Senior Program Officer chargé des infrastructures publiques numériques, a détaillé le volet identité et infrastructures. Selon lui, les effets apparaîtront progressivement au cours des prochaines années, à travers les services publics numériques.

Ce partenariat remonte au 24 septembre 2025. Ce jour-là, à New York, en marge de la 80e Assemblée générale des Nations unies, le président Bassirou Diomaye Faye et Bill Gates ont conclu un accord. Agence Ecofin et We Are Tech Africa l'évaluent à plus de 10 millions de dollars. Il couvrait déjà un hub d'IA pour la santé et l'agriculture, une identité numérique universelle et une unité de suivi des projets. Ce montant concerne l'ensemble de l'accord : aucun budget propre au hub n'a été communiqué.

Le New Deal technologique en toile de fond

Le hub s'inscrit dans le New Deal technologique, la stratégie numérique lancée en février 2025, et plus précisément dans le programme Sénégal Digital Factory. Selon We Are Tech Africa, ce programme est la huitième priorité de la stratégie et vise à faire passer le pays d'un marché qui consomme de la technologie à un marché qui conçoit et produit ses propres solutions.

Le mois d'octobre a été chargé sur ce front. Toujours selon We Are Tech Africa, l'État a signé plus tôt dans le mois un partenariat de 151 millions de dollars dans le cadre de ce programme. Ses partenaires : le World Council for Investment and Business for Africa et l'entreprise Blue Cloud Softech. À Genève, au Dialogue mondial sur l'IA, la délégation conduite par le ministre Samba Diouf a plaidé pour une IA inclusive et le renforcement des capacités, rapporte Senego.

Les briques de recherche existent aussi. En août, dans une contribution à l'Union internationale des télécommunications, le Sénégal a mis en avant SENEGAL-AI. Cette architecture de modèle de langage a été développée par le laboratoire LITA de l'École supérieure polytechnique de l'université Cheikh Anta Diop. Elle tourne sur le supercalculateur CINERI Taouey. We Are Tech Africa note que les solutions locales dépendent encore des compétences, de données exploitables et de capacités de calcul.

Ce que cela change pour les start-up IA d'Afrique francophone

Le mot qui compte dans le nom du hub, c'est « scaling ». Pour une jeune pousse de l'IA, le prototype n'est que la première marche. Viennent ensuite les plus hautes : trouver un premier grand client, accéder à des données réelles, obtenir le droit de tester dans un hôpital ou une coopérative. Un dispositif porté par l'État et un partenaire comme la Fondation Gates, présente au Sénégal depuis 2009 en santé, en agriculture et en éducation selon Agence Ecofin, peut ouvrir ces portes.

Les profils les plus directement concernés sont clairs :

  • les start-up sénégalaises de la healthtech et de l'agritech qui ont déjà un pilote à montrer ;
  • les équipes de recherche qui cherchent un débouché économique à leurs modèles ;
  • les entreprises de services qui peuvent intégrer ou déployer ces solutions ;
  • les étudiants et jeunes diplômés que l'État invite à se former.

Pour les start-up des pays voisins, l'intérêt est indirect mais réel. Si le hub produit des cas d'usage déployés à grande échelle en santé ou en agriculture, ils deviendront des références pour d'autres administrations de la sous-région. Le risque, à l'inverse, est connu : un dispositif public qui reste réservé à quelques acteurs déjà installés.

Ce que l'on ne sait pas encore

Plusieurs informations décisives manquent. Le budget propre au hub n'a pas été publié. Les critères d'accès pour les start-up, le calendrier des premiers appels et le mode de sélection des projets non plus. On ne sait pas davantage quel rôle exact jouera la Fondation Gates dans le choix des solutions déployées. Les deux médias qui ont couvert le lancement ne citent aucun chiffre sur ces points, et aucun communiqué officiel n'a été trouvé lors de nos vérifications.

Ce sont ces éléments qui diront si le Senegal AI Scaling Hub devient une porte d'entrée ouverte aux jeunes pousses ou un programme de plus. Braincoll suivra leur publication.

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