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Décryptage · Fintech

Paiements intra-africains : Taja revendique 50 000 utilisateurs, Circle Ventures mise sur CrissCross

Taja revendique plus de 50 000 utilisateurs dans 7 marchés, dont le Sénégal, le Bénin et la Côte d'Ivoire. Circle Ventures investit dans CrissCross, qui donne accès à plus de 30 marchés africains par une seule API.

Reste de l'Afrique · Publié le 29 octobre 2026 · 5 min

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Payer et se faire payer d'un pays africain à l'autre : c'est le terrain de deux annonces de fin octobre 2026. Taja, une fintech panafricaine lancée en 2024, affirme avoir dépassé 50 000 utilisateurs dans 7 marchés, dont le Sénégal, le Bénin et la Côte d'Ivoire. CrissCross, société sud-africaine de paiements transfrontaliers, reçoit de son côté un investissement de Circle Ventures, le bras capital-risque de l'émetteur du stablecoin USDC. Le montant n'a pas été divulgué. Deux modèles différents, un même chantier.

Taja : 50 000 utilisateurs revendiqués, dont trois marchés francophones

Disrupt Africa a relayé le 27 octobre le bilan de Taja. La plateforme dit compter plus de 50 000 utilisateurs. Elle annonce traiter des millions de dollars par mois, sans chiffre plus précis. Ce sont des données déclarées par l'entreprise.

Ses sept marchés actifs sont le Nigeria, le Ghana, le Kenya, le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Bénin et la Côte d'Ivoire. La plateforme relie aussi ses utilisateurs aux grandes devises et aux réseaux de paiement du Royaume-Uni et des États-Unis.

L'offre couvre l'essentiel des besoins d'un indépendant ou d'une petite entreprise qui travaille avec l'étranger :

  • des portefeuilles et comptes multidevises ;
  • des encaissements internationaux et des paiements transfrontaliers ;
  • la conversion de devises en temps réel ;
  • des cartes virtuelles ;
  • un règlement en actifs numériques.
« We built Taja because moving money across borders shouldn't feel like navigating a labyrinth. » (« Nous avons créé Taja parce que faire circuler l'argent d'un pays à l'autre ne devrait pas ressembler à un labyrinthe. ») David Orovwiroro, directeur général de Taja, cité par Disrupt Africa

Selon Disrupt Africa, la société dit vouloir aider les créateurs, les freelances et les chefs d'entreprise africains à prendre part à l'économie mondiale. Elle prévoit de s'étendre sur le continent et à l'international, et de renforcer son infrastructure de paiement. L'article ne mentionne ni ses fondateurs, ni ses financements, ni ses agréments.

CrissCross : Circle Ventures parie sur le règlement en stablecoins

CrissCross est une société de paiements transfrontaliers dont le siège est en Afrique du Sud. Elle appartient à Stitch Group, par lequel l'investissement a transité, selon Business Tech Africa. Ses cofondateurs sont Lex Campbell et Byron Coetsee ; James Cope en est le directeur général, d'après Launch Base Africa.

Circle Ventures est le fonds de capital-risque de Circle Internet Group, l'émetteur de l'USDC. Selon Business Tech Africa, l'argent servira à trois choses : étendre les connexions de paiement locales et la liquidité, ajouter le règlement en stablecoins pour les entreprises clientes, et renforcer l'équipe. Launch Base Africa précise qu'une partie ira à l'équipe de support client sur les corridors commerciaux africains.

Le produit est une API unique. Elle donne accès aux encaissements (virements bancaires, mobile money, cartes), aux paiements groupés, à la gestion de trésorerie et au change en temps réel. Selon TechAfrica News, CrissCross revendique plus de 30 marchés, plus de 20 devises et une disponibilité de 99,99 %.

« We're excited to support CrissCross as they bring stablecoin-powered payments infrastructure to scale across African markets. » (« Nous sommes heureux d'accompagner CrissCross dans le déploiement à grande échelle d'une infrastructure de paiement fondée sur les stablecoins, sur les marchés africains. ») Brian Schultz, vice-président chargé du développement et des investissements de Circle, cité par TechAfrica News

Deux modèles pour un même chantier

Les deux acteurs ne visent pas le même client. Taja s'adresse directement aux créateurs, aux freelances et aux entreprises, via sa propre plateforme. CrissCross vend une infrastructure à des entreprises, qui l'intègrent dans leurs services par API.

Leur point commun : tous deux font une place aux actifs numériques. Taja propose un règlement en actifs numériques. CrissCross relie la liquidité en USDC aux réseaux de paiement locaux en monnaie classique, selon Launch Base Africa.

Le problème qu'ils attaquent n'est pas nouveau. En novembre 2023, allAfrica estimait à environ 5 milliards de dollars par an les frais de transit générés par le commerce intra-africain réglé en devises non africaines. C'est cette perte que le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé par Afreximbank, veut réduire en permettant des paiements en monnaies locales. Fintechs privées, stablecoins et infrastructure publique avancent donc en parallèle.

Ce que cela change pour les PME francophones

Pour une PME de Dakar, de Cotonou ou d'Abidjan qui vend au Nigeria, au Ghana ou au Kenya, l'offre s'élargit. Taja est déjà présente des deux côtés de ces corridors. Avant d'ouvrir un compte ou d'intégrer une API, quelques vérifications restent indispensables :

  • l'agrément de l'opérateur, ou de son partenaire agréé, dans votre pays : nos sources ne le précisent pas ;
  • les frais réels et le taux de change appliqué : aucun tarif n'a été publié dans les annonces ;
  • le cadre applicable aux actifs numériques et aux stablecoins dans votre pays, à vérifier auprès de votre banque ou de votre régulateur ;
  • les délais de règlement effectifs sur le corridor qui vous concerne.

Pour les startups fintech francophones, le message est différent. Circle Ventures a choisi d'investir dans une infrastructure pour entreprises, pas dans une application grand public. Ce choix indique où se situe, pour cet investisseur, la valeur : dans les connexions locales et la liquidité, plus que dans l'interface.

Ce que l'on ne sait pas encore

Le montant investi par Circle Ventures n'est pas public. Taja n'a publié ni volume précis, ni répartition de ses utilisateurs par pays : on ignore combien sont au Sénégal, au Bénin ou en Côte d'Ivoire. Les sources ne disent pas non plus si ces trois pays figurent parmi les plus de 30 marchés de CrissCross, ni sous quel statut réglementaire ces services y opèrent.

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Sources

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