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Melchior Fogué : transformer un savoir-faire en revenu grâce au numérique

Autodidacte camerounais installé en Côte d'Ivoire, Melchior Fogué a fondé NLAcademy et développe NLAgent. Dans cette interview écrite, il détaille sa méthode pour passer d'une compétence à une première vente en ligne.

Côte d'Ivoire · Publié le 2 novembre 2026 · 7 min

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Il n'était « pas nécessairement parmi les meilleurs » à l'école. Mais il savait déjà chercher comment résoudre un problème concret. Aujourd'hui, Melchior Fogué Tchétché, entrepreneur numérique camerounais installé en Côte d'Ivoire, a fondé Next Level Academy (NLAcademy) et développe NLAgent, un assistant conversationnel. Son sujet de prédilection parle à beaucoup de talents d'Afrique francophone : comment transformer ce que l'on sait faire en revenu grâce au digital. Il a répondu par écrit aux questions de Braincoll Média.

De Bafoussam à Abidjan, un parcours d'autodidacte

Melchior Fogué a grandi au Cameroun. Il est passé par le Lycée bilingue de Toket, à Bafoussam, puis a poursuivi des études de mécatronique à Douala. Sa curiosité l'a vite poussé vers l'informatique et la programmation, apprises en dehors des cours. Il s'y intéresse depuis l'âge de 14 ans environ.

« Ma chambre est devenue une sorte de laboratoire : un espace où je pouvais chercher des informations, tester des idées, essayer des outils et apprendre sans attendre qu'une formation ou une personne vienne tout m'expliquer. »

L'un de ses premiers projets techniques est un robot hydraulique équipé de capteurs. Il en retient une manière de réfléchir : observer un problème, imaginer un mécanisme, comprendre les composants, puis les faire fonctionner ensemble. Il applique aujourd'hui la même logique à ses projets web.

Il ne raconte pas de déclic spectaculaire. Sa décision s'est construite pas à pas, au fil de ce qu'il réussissait à fabriquer. Il évoque des périodes difficiles, sur le plan financier comme personnel, et un manque d'accompagnement au départ. Il cite le soutien de ses parents comme un appui décisif. Abidjan est pour lui une étape, pas une finalité : un terrain où observer les besoins du marché et confronter ses idées à d'autres réalités que celles du Cameroun.

NLAcademy, NLAgent : ce qu'il construit

Son activité repose sur trois axes. Le premier est NLAcademy, une initiative de formation aux compétences numériques et d'accompagnement entrepreneurial. Le projet a pris forme en 2023 et connaît, selon lui, une nouvelle phase de structuration depuis mars 2026. Le site de l'académie la présente comme basée à Gagnoa et Abidjan, avec onze parcours, de l'intelligence artificielle au marketing digital en passant par l'éducation financière.

Le deuxième axe est NLAgent, un assistant conversationnel bilingue français-anglais qu'il développe avec des outils web et d'intelligence artificielle. Sa page de présentation le décrit comme un agent commercial IA qui répond aux prospects, présente les offres et qualifie les contacts. Il est proposé sous abonnement mensuel, à partir de 9 900 FCFA.

Le troisième axe est sa marque personnelle. Il partage sur Facebook, Instagram et YouTube des contenus sur le mindset, l'IA, la technologie et l'entrepreneuriat. Il déclare plus de 11 700 abonnés sur Facebook, 11 600 sur Instagram et environ 1 400 sur YouTube, à fin octobre 2026. Il prend lui-même soin de relativiser ces chiffres : « ils ne constituent pas à eux seuls une preuve de réussite entrepreneuriale ».

Il explore aussi des pistes autour du commerce numérique et des paiements transfrontaliers. Il insiste : ce sont des projets en exploration, pas des services opérationnels. Pour le reste, il travaille beaucoup seul, mais s'appuie sur un collaborateur guinéen, Diallo, et sur des assistants pour NLAcademy.

Le constat : savoir faire ne suffit pas pour vendre

Son fil rouge part d'une observation : autour de lui, beaucoup de personnes cherchaient des solutions technologiques à des besoins du quotidien. Il a commencé à valoriser ses propres compétences en vendant des PDF, en proposant des séances de coaching et en développant des solutions numériques ciblées.

« Savoir faire quelque chose est un point de départ, mais cela ne garantit pas que quelqu'un comprendra sa valeur ou sera prêt à payer pour ce service. »

Selon lui, plusieurs blocages se cumulent :

  • le manque de méthode pour transformer une compétence en offre claire : pour qui, quel problème, quel résultat ;
  • la peur de se montrer et l'idée qu'il faut des milliers d'abonnés pour vendre ;
  • la confiance, les moyens de paiement, la connexion Internet et la gestion de la relation client ;
  • la difficulté à fixer un prix et à expliquer la valeur de son travail.

Il cite la couture, la cuisine, la beauté, l'artisanat, l'enseignement, le conseil et les métiers techniques parmi les savoir-faire les plus sous-exploités en ligne. L'objectif n'est pas de tout numériser, précise-t-il, mais d'utiliser le numérique là où il apporte un avantage concret : visibilité, prise de commande, organisation, fidélisation.

Sa méthode en six étapes pour une première vente

Pour démarrer, il conseille une prestation simple et bien définie, plutôt qu'une formation complète ou une plateforme complexe. Un résultat clair, un délai, un prix. Sa démarche tient en six étapes :

  • identifier une compétence précise, pas « je suis créatif » ;
  • choisir un public : commerçants, étudiants, petites entreprises, particuliers ;
  • formuler une offre simple, avec prix, délai et résultat attendu ;
  • créer une preuve : exemple, démonstration, photo de réalisation ou prototype ;
  • aller directement vers les personnes concernées, avec des messages personnalisés ;
  • livrer correctement, puis améliorer l'offre grâce aux premiers retours.

Pour trouver ses dix premiers clients, il ne miserait pas sur les abonnés. Il commencerait par son réseau, les commerces proches et les groupes pertinents. Côté prix, il déconseille de casser les tarifs parce que l'on débute : le prix doit tenir compte du temps, des coûts, des outils et de la valeur du résultat. Pour encaisser, le mobile money compte beaucoup, mais il recommande de vérifier les pays couverts, les frais, les délais de retrait et les conditions de remboursement avant de choisir un outil.

Il refuse d'illustrer sa méthode par un cas client qu'il ne pourrait pas prouver. Il préfère un exemple hypothétique, présenté comme tel : une couturière qui photographie ses modèles, affiche ses tarifs et ses délais, puis suit ses commandes sur WhatsApp Business. « Le numérique ne remplace pas son savoir-faire de couturière ; il lui donne des moyens supplémentaires pour le présenter. »

Un téléphone, un savoir-faire, zéro abonné

Que doit faire, dès cette semaine, quelqu'un qui n'a qu'un téléphone et une compétence ? Choisir une seule compétence et une petite offre. Produire deux ou trois exemples de son travail. Les publier sur ses statuts WhatsApp. Surtout, engager une conversation personnalisée avec une dizaine de personnes ou de petites entreprises qui pourraient en avoir besoin.

L'objectif de la première semaine n'est pas de gagner beaucoup d'argent, mais de vérifier que l'offre est comprise et d'écouter les objections. Sans réponse, il faut revoir le message, le public ou l'offre, « avant de conclure que son savoir-faire n'a pas de valeur ».

Les erreurs qu'il observe le plus souvent vont dans le même sens : être présent partout sans offre claire, courir après les vues, investir trop tôt dans un site ou une application, répondre tard aux messages, ou produire en masse du contenu avec l'IA sans en vérifier la qualité.

L'IA, un accélérateur à condition de rester critique

Autodidacte, il utilise l'intelligence artificielle pour comprendre une erreur de code, explorer une solution ou structurer une fonctionnalité. Il travaille avec Next.js, GitHub et Vercel. Pour quelqu'un qui veut monétiser un savoir-faire, l'IA peut aider à clarifier une offre, organiser un programme de formation ou préparer des réponses aux questions fréquentes.

Il en pointe aussi les limites : des réponses fausses ou du code qui ne fonctionne pas, le risque de dépendance, le coût des services, la qualité de la connexion et la confidentialité des données. « L'IA doit rester un moyen au service d'un objectif. »

Oser entreprendre

Dans cinq ans, il veut une NLAcademy mieux structurée, un NLAgent plus abouti et des solutions pensées pour les petites entreprises africaines. À un jeune de 20 ans, à Douala, Abidjan ou Lomé, qui hésite à se lancer, il conseille de commencer par ce qu'il sait déjà faire, sans attendre que toutes les conditions soient réunies, et de ne pas confondre vitesse et précipitation.

« Oser entreprendre, c'est transformer une idée en action, apprendre en chemin et créer des solutions utiles même lorsque l'on ne dispose pas encore de toutes les ressources. »

En questions express, il cite le livre « Réfléchissez et devenez riche » de Napoleon Hill, Yomi Denzel et Amadou Fall comme sources d'inspiration, et ChatGPT comme l'outil sans lequel il ne travaille pas. Son mot pour l'Afrique numérique de 2030 : créativité.

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Sources

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