Le Chiffre qui Compte · Écosystème & politiques publiques
Gabon : la GSMA demande une TVA réduite sur les smartphones d'entrée de gamme
Au Gabon, la 4G couvre 95 % de la population mais seules quatre personnes sur dix utilisent l'internet mobile. La GSMA pointe une TVA de 18 % sur les smartphones, contre 10 % sur les ordinateurs, et propose de la réduire.
Gabon · Publié le 30 octobre 2026 · 5 min
Le Chiffre qui Compte · Gabon18 %
De TVA sur le smartphone
Au Gabon, la 4G couvre 95 % de la population, mais seules quatre personnes sur dix utilisent l'internet mobile, selon la GSMA.
18 % : c'est le taux de TVA appliqué aux smartphones au Gabon, contre 10 % pour les ordinateurs portables et de bureau. Le chiffre figure dans un rapport de la GSMA, l'association mondiale des opérateurs mobiles, rendu public le 28 octobre 2026 dans un communiqué daté de Libreville. Son constat tient en une phrase : le réseau est là, mais le téléphone manque. La 4G couvre 95 % de la population, et pourtant seules quatre personnes sur dix utilisent l'internet mobile.
Plus de la moitié des Gabonais couverts, mais hors ligne
Le rapport s'intitule « Gabon's Digital Economy: Policy Reforms That Will Drive Gabon's Digital Future ». Selon la GSMA, plus de la moitié de la population gabonaise vit sous une couverture haut débit mobile qu'elle n'utilise pas. Seules 5 % des connexions mobiles se limitent encore à la 2G. En zone rurale, la couverture 4G atteint 70 %.
Le frein est donc ailleurs. Le rapport traite de plusieurs leviers : le prix des appareils, l'offre de services publics en ligne, les compétences numériques et les coûts des opérateurs. Le smartphone est l'un de ces freins, pas le seul. Parmi les adultes des 40 % de ménages les plus pauvres, 83 % possèdent un téléphone mobile, mais environ la moitié de ces détenteurs seulement ont un smartphone.
Ce que propose la GSMA
La recommandation la plus directe porte sur la fiscalité des appareils : une TVA réduite sur une catégorie définie de smartphones d'entrée de gamme, accompagnée de solutions de financement flexibles. La GSMA cite l'exemple de l'Afrique du Sud. Après la suppression d'un droit d'accise de luxe de 9 % sur les smartphones de moins de 2 500 rands, environ 1,1 million de smartphones d'entrée de gamme supplémentaires auraient été vendus au cours des 11 premiers mois, selon ses estimations.
Le rapport vise aussi les opérateurs eux-mêmes. Les charges propres au secteur représentent 11 % de leur chiffre d'affaires brut. La GSMA recommande de les ramener progressivement à 3 %, de simplifier le régime des redevances et d'envisager une exonération de TVA pour les infrastructures numériques stratégiques, dont les centres de données. Elle demande enfin la publication des décrets d'application en attente, d'une feuille de route du spectre et des comptes du Fonds de service universel.
Côté demande, l'association s'appuie sur la dématérialisation des douanes et sur Digitax, la plateforme fiscale en ligne. Elle conseille de donner la priorité aux services utilisés par les ménages modestes des petites et moyennes villes, de simplifier les démarches avant de les mettre en ligne, et de financer des programmes d'alphabétisation numérique.
Les projections, et qui les avance
Selon la GSMA, le nombre d'abonnés uniques à l'internet mobile passerait de 1,06 million en 2026 à 1,48 million en 2031 avec ces réformes, contre 1,30 million sans. Les mesures s'autofinanceraient dès 2028, avec un gain net d'environ 63 milliards FCFA de recettes publiques annuelles en 2031. TechAfrica News précise que plusieurs mesures prioritaires pourraient être appliquées sous six mois sans coût direct important pour le budget de l'État.
« Gabon has built a strong foundation for connectivity. » (« Le Gabon a bâti une base solide pour la connectivité. ») Angela Wamola, directrice Afrique de la GSMA, dans le communiqué du 28 octobre 2026.
Ces chiffres sont des projections, pas des constats. Et la GSMA n'est pas un observateur neutre : elle représente les opérateurs, directement intéressés à une baisse des taxes sur le secteur. Le pays s'était prêté à l'exercice. En mars 2026, Gabonreview annonçait que le Gabon avait été retenu comme « pays focus » d'une étude de la GSMA, chargée notamment d'identifier les réformes nécessaires à la croissance du secteur. L'annonce suivait une rencontre au Mobile World Congress de Barcelone, à laquelle participait Mark Alexandre Doumba, ministre de l'Économie numérique, de la Digitalisation et de l'Innovation. Le Bénin, la RDC et le Sénégal figurent parmi les pays déjà étudiés de la même manière.
La question fiscale n'est pas nouvelle à Libreville. En novembre 2025, Agence Ecofin rapportait que le projet de loi de finances 2026 prévoyait un droit d'accise de 5 % sur les services de télécommunications. Il visait la voix, l'internet et les services à valeur ajoutée, pour une recette estimée entre 12 et 15 milliards FCFA par an. L'article relevait les craintes d'une hausse des prix pour les usagers. Les sources consultées n'indiquent pas si cette mesure a été adoptée telle quelle.
Le débat oppose donc deux logiques : taxer le numérique pour financer l'État à court terme, ou alléger la charge pour élargir la base d'utilisateurs, et donc les recettes futures. Le rapport de la GSMA plaide pour la seconde, chiffres à l'appui.
Ce que cela change pour les start-up et PME
Pour une start-up qui lance une application au Gabon, le marché réel ne se mesure pas en couverture réseau. Il se mesure en smartphones dans les poches. Avec quatre personnes sur dix connectées, la majorité de la population reste hors d'atteinte d'un service qui suppose une application, un paiement en ligne ou une connexion régulière. Le chiffre de 62 % d'adultes titulaires d'un compte mobile money, cité par la GSMA, montre pourtant que l'habitude du téléphone comme outil financier est déjà là.
Concrètement, trois enseignements se dégagent :
- une offre qui passe aussi par USSD ou SMS touche une population bien plus large qu'une application seule ;
- une baisse de TVA sur les smartphones d'entrée de gamme élargirait d'abord le marché des ménages modestes, ce qui plaide pour des produits légers et peu gourmands en données ;
- les services publics numériques sont présentés comme un moteur d'adoption : les entreprises qui s'y raccordent peuvent profiter de cette dynamique.
Ce que l'on ne sait pas encore
Les sources consultées ne font état d'aucune réaction officielle du gouvernement gabonais aux recommandations du rapport. Aucune décision sur la TVA des smartphones n'y est annoncée, et aucun calendrier n'est fixé. La prochaine loi de finances dira si l'État choisit l'élargissement de la base ou la recette immédiate.
Choisissez un article, indiquez votre pays et votre secteur : l'IA en tire des pistes d'action adaptées.
Sources
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