Décryptage · Fintech
Mobile money : la BCEAO double le plafond des avoirs à 4 millions FCFA
Au 2 novembre 2026, un client pourra détenir 4 millions FCFA chez un même émetteur de monnaie électronique de l'UMOA, contre 2 millions. Ce que l'Instruction n° 020 change pour les indépendants, les PME et les fintechs.
UEMOA (régional) · Publié le 12 octobre 2026 · 5 min
Décryptage · UEMOA (régional)4 millions FCFA
Le plafond du mobile money double
Au 2 novembre 2026, avoirs jusqu'à 4 millions FCFA par client et par émetteur, rechargements jusqu'à 15 millions FCFA par mois.
Un compte mobile money pourra bientôt contenir deux fois plus d'argent. Le 8 octobre 2026, la BCEAO a adopté l'Instruction n° 020, qui modifie le texte de 2015 encadrant les émetteurs de monnaie électronique dans l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). À partir du 2 novembre 2026, un client pourra détenir jusqu'à 4 millions FCFA chez un même émetteur, contre 2 millions aujourd'hui. Le plafond des rechargements passe de 10 à 15 millions FCFA par mois.
Ce que dit l'Instruction n° 020
Le texte modifie l'Instruction n° 008-05-2015 du 21 mai 2015, qui fixe les conditions d'exercice des émetteurs de monnaie électronique dans les huit États de l'Union : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Selon Le Journal de l'Économie Sénégalaise, repris par allAfrica, la décision est signée du gouverneur Jean-Claude Kassi Brou et porte sur les articles 31 et 34 de l'instruction de 2015.
- Avoirs : 4 millions FCFA au maximum par client et par émetteur, contre 2 millions. Les soldes détenus sur plusieurs instruments d'un même émetteur s'additionnent.
- Rechargements : 15 millions FCFA cumulés par mois, contre 10 millions. Il s'agit d'un total mensuel, pas d'un plafond par opération.
- Au-delà : autorisation préalable de la BCEAO. C'est l'émetteur qui dépose la demande. La Banque centrale peut l'assortir de conditions, comme une durée limitée, ou la retirer.
- Exceptions : les distributeurs et les accepteurs de monnaie électronique qui agissent dans le cadre de leur activité professionnelle ne sont pas soumis à ces plafonds.
Le texte renforce aussi la protection des fonds des clients. Les émetteurs ne pourront placer la contrepartie de la monnaie électronique qu'en dépôts auprès de banques ou d'institutions de microfinance, ou en titres de dette d'entités précisées par le texte. Selon Sika Finance et Pulse.ci, au moins 65 % des fonds en circulation devront rester sur des comptes bancaires immédiatement disponibles, pour que les clients puissent retirer leur argent à tout moment. La BCEAO justifie ces mesures par une meilleure maîtrise des risques et de la liquidité des établissements concernés.
La page officielle de la BCEAO présente l'instruction, mais le texte intégral n'y est publié qu'en PDF scanné. Les détails ci-dessus proviennent des trois médias qui l'ont analysé.
Un marché de 248 millions de comptes
La mesure touche un marché devenu massif. Selon le rapport annuel de la BCEAO sur les services financiers numériques, l'UMOA comptait 248 710 918 comptes de monnaie électronique ouverts à fin 2024. Seuls 76 863 533 étaient actifs, soit 30,90 %. Ces comptes ont porté 11,9 milliards de transactions, pour une valeur de 160 415 milliards FCFA sur l'année.
Le même rapport recense 3 705 726 points d'acceptation, c'est-à-dire des commerces inscrits pour recevoir des paiements, en hausse de 111,46 % sur un an. La monnaie électronique y est émise par 69 initiatives, dont 52 banques et 14 établissements de monnaie électronique agréés.
Le relèvement arrive le même jour qu'une autre échéance. Au 2 novembre, les transactions interopérables de monnaie électronique devront passer par la PI-SPI, la plateforme de paiement instantané de la BCEAO. Les transferts entre particuliers y seront gratuits jusqu'à 8 000 FCFA cumulés par jour, puis soumis à des frais de 0 à 0,8 % hors taxes, selon Koaci. Nous avons détaillé ces règles dans notre article du 6 octobre.
Qui est vraiment concerné
Les reprises de presse présentent surtout la mesure comme une bonne nouvelle pour les particuliers. Pour les entreprises, la lecture est plus fine, à cause de l'exception prévue par le texte.
Un commerçant inscrit comme accepteur, qui encaisse dans le cadre de son activité professionnelle, n'est pas soumis à ces plafonds. Le relèvement compte donc surtout pour ceux qui travaillent avec un compte client ordinaire : l'indépendant qui se fait payer ses prestations sur son numéro personnel, la petite boutique qui n'a jamais ouvert de compte marchand, le livreur ou l'artisan qui règle ses fournisseurs depuis son portefeuille. Pour eux, un solde de 2 millions FCFA pouvait vite devenir une limite. Il passe à 4 millions par émetteur.
Les fintechs et les éditeurs de logiciels qui font transiter des paiements par des portefeuilles mobiles gagnent aussi de la marge. Leurs clients PME pourront conserver davantage de trésorerie sur leur compte et y faire passer plus de flux chaque mois.
Ce que les PME peuvent faire d'ici au 2 novembre
- Vérifier auprès de leur opérateur à quelle date et sous quelles conditions il appliquera les nouveaux plafonds.
- Faire le point sur leur statut : si l'essentiel des encaissements est professionnel, un compte marchand ou accepteur peut être plus adapté qu'un compte personnel.
- En cas de besoin récurrent au-delà de 4 millions FCFA, se rapprocher de l'émetteur : c'est lui qui peut demander une autorisation à la BCEAO.
- Ne pas confondre les deux mesures du 2 novembre : le plafond porte sur le solde et les rechargements, la grille PI-SPI sur le coût des transferts.
Ce que l'on ne sait pas encore
Plusieurs points restent ouverts. Les opérateurs n'ont pas encore communiqué sur la façon dont ils appliqueront le nouveau plafond, ni sur un éventuel changement de leurs conditions. Les sources consultées ne disent pas non plus si les plafonds par niveau de vérification d'identité évoluent. Enfin, le texte intégral de l'instruction n'est pas encore lisible en version texte sur le site de la BCEAO.
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Sources
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