Décryptage · Financement & levées
Aries Media Ventures lance un Fund I dédié à la mediatech africaine
Aries Media Ventures ouvre son premier fonds pour les startups mediatech d'Afrique subsaharienne, de l'angel au seed. Taille non divulguée, trois premiers investissements, aucun dans l'UEMOA ou la CEMAC.
Reste de l'Afrique · Publié le 23 octobre 2026 · 5 min
Décryptage · Reste de l'AfriqueUn fonds pour la mediatech africaine
Aries Media Ventures cible les startups mediatech d'Afrique subsaharienne, de l'angel au seed. Taille du fonds non divulguée.
La mediatech africaine a désormais un fonds qui lui est consacré. Aries Media Ventures a lancé son Fund I, son premier fonds, rapporte Launch Base Africa le 21 octobre 2026. Il vise les startups mediatech qui servent l'Afrique subsaharienne. Le fonds intervient aux stades angel, pré-seed et seed. Sa taille n'est pas divulguée, mais il a déjà réalisé trois investissements.
Ce que finance le Fund I, et ce qu'il écarte
La thèse est précise. Le fonds cible les entreprises technologiques situées à la croisée des médias, du divertissement et du commerce. Il ne finance que des startups dotées d'une composante technologique capable de passer à l'échelle.
Les exclusions le sont tout autant. Le Fund I n'investit pas dans les maisons de disques, les sociétés de production ni les contenus de film ou de télévision. En clair : le fonds ne finance pas les contenus eux-mêmes, mais la technologie qui les entoure.
Le fonds décrit deux canaux pour trouver ses dossiers, selon Launch Base Africa. Le premier : repérer des fondateurs qui bâtissent déjà sur de grandes opportunités de marché. Le second : travailler avec des groupes de médias établis, identifier les obstacles à leur expansion internationale, puis les relier à des fondateurs capables d'y répondre.
La taille du fonds, le montant des tickets et le calendrier de levée ne sont pas publiés. Startup Researcher, qui a aussi couvert l'annonce, indique que le fonds est basé à Los Angeles et qu'il a commencé à déployer son capital.
Un fondateur venu des médias
Aries Media Ventures n'est pas né comme un fonds. La structure a été créée en 2023 sous le nom d'Aries Media Project. C'était un réseau professionnel qui reliait des startups médias de marchés émergents à des investisseurs de Los Angeles, New York et Londres. Elle est passée à l'investissement direct au bout de trois ans.
Son fondateur et general partner, Alykhan Kaba, revendique plus de dix ans de carrière dans les médias, le divertissement et le développement d'entreprise. Il est passé par Live Nation, Entertainment One, Activision Blizzard et NBCUniversal. Il y occupe actuellement le poste de vice-président de la stratégie de contenu pour les programmes non scénarisés.
Il résume ainsi le problème que le fonds veut combler :
« The investors who understand media don’t understand these markets, and the investors who understand these markets don’t invest in media. » Alykhan Kaba, cité par Launch Base Africa
Autrement dit, selon lui, ceux qui connaissent les médias ne connaissent pas ces marchés, et ceux qui connaissent ces marchés n'investissent pas dans les médias. Il ajoute, toujours selon Launch Base Africa :
« Capital bears the burden of going where the innovation is, not vice versa. » Alykhan Kaba, cité par Launch Base Africa
Trois premiers investissements, du Kenya au Nigeria
Le portefeuille cité compte trois entreprises :
- Aktivate, fondée par Akinbola Asalu : une plateforme de marketing par les créateurs de contenu, active au Nigeria, au Kenya, au Ghana et en Afrique du Sud.
- HustleSasa, fondée en 2021 par Peng Chen et Michael Denuh, via Antler à Nairobi : des outils pour organisateurs d'événements (billetterie, paiements, marketing, contrôle d'accès). Elle est présente au Kenya, au Ghana, en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda et en Afrique du Sud.
- Book Mahali, fondée par Kagwe Mungai au Kenya : une place de marché de location de lieux et d'équipements.
Les chiffres d'activité avancés sont ceux des entreprises, rapportés par Launch Base Africa. Aktivate revendique plus de 50 000 créateurs vérifiés et plus de 800 entreprises clientes depuis 2023. HustleSasa revendique plus de 520 000 billets traités et plus de 4 000 clients.
Aucun des pays d'activité cités n'appartient à l'UEMOA ou à la CEMAC.
Un secteur encore peu financé
Launch Base Africa cite une analyse sectorielle de 2026, qu'il ne nomme pas. Elle estime le secteur créatif et médiatique africain à 59 milliards de dollars, pour moins de 1 % du capital-risque déployé dans la région. Le même article indique que les startups africaines ont levé plus de 6,5 milliards de dollars en 2022. Les médias numériques en auraient capté moins de 1 %. Ces deux chiffres ne sont pas sourcés plus précisément : ils donnent un ordre de grandeur, pas une mesure.
D'autres acteurs occupent déjà le terrain, toujours selon Launch Base Africa. Chocolate City a lancé un fonds de fondateurs de 1 million de dollars en 2025. Founders Fund Africa propose un accélérateur créatif doté de 50 000 dollars. Sony Innovation Fund Africa a investi dans Twiva en août 2025.
Ce que cela change pour les mediatechs francophones
Pour une startup francophone, le premier signal est l'existence même de la thèse. Un investisseur structure désormais son fonds autour du triptyque médias, divertissement et commerce. Les plateformes de créateurs, la billetterie, la vente par le contenu ou les outils de monétisation entrent dans ce champ.
Le terrain francophone bouge aussi. En Côte d'Ivoire, l'État et Meta préparent la monétisation des contenus des créateurs ivoiriens, comme Braincoll Média l'a rapporté le 8 octobre. Les tests ont été jugés « concluants », mais la date de lancement n'a pas été précisée.
Le deuxième signal est un avertissement. Le portefeuille actuel est ancré au Kenya et au Nigeria. Pour entrer dans les prochains dossiers, une mediatech francophone devra se faire connaître de ce type d'investisseur. Cela suppose un dossier en anglais et des indicateurs d'usage solides.
La ligne d'exclusion compte enfin. Une société de production ou un studio de contenu n'entre pas dans le champ. Une plateforme technologique qui distribue, mesure ou monétise ces contenus relève davantage de la thèse affichée.
Ce que l'on ne sait pas encore
La taille du Fund I, le montant des tickets et les montants investis dans les trois entreprises ne sont pas publiés. Les articles consultés ne mentionnent ni calendrier de candidature, ni liste de pays prioritaires, ni présence physique sur le continent.
Choisissez un article, indiquez votre pays et votre secteur : l'IA en tire des pistes d'action adaptées.
Sources
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